Matière noire, Ivan Zinberg

Résumé :

Inès Ouari n’a pas donné signe de vie depuis plusieurs jours. Sa mère a l’habitude que l’adolescente fasse des fugues. Sauf que cette fois, Inès est partie sans ses affaires, sans répondre au téléphone après une sortie en boîte de nuit, ce qui ne lui ressemble pas.

Désespérée que la police ne prenne pas son inquiétude au sérieux, elle contacte une connaissance de longue date, Karim Bekkouche, chef de la BAC de Saint-Étienne afin de lancer des recherches. Dans le même temps, Marion Testud, une joggeuse, est portée disparue après un entrainement de course à pieds. Jacques Canovas, journaliste parisien mais surtout ancien flic des renseignements généraux est amené à couvrir l’affaire. Deux enquêtes qui pourraient bien se croiser. Une course contre la montre est lancée pour retrouver les jeunes femmes.

Mon avis :

Je découvre Ivan Zinberg avec « Matière noire » qui avait fait beaucoup parler de lui lors de sa sortie. Récemment, le titre a même reçu la prestigieuse récompense du Grand prix du Festival Sans Nom 2020 ainsi que le Grand prix de l’Iris noir Bruxelles 2020. Comme souvent, j’ai préféré attendre que l’engouement médiatique se tasse pour me faire un avis plus objectif. Et je dois dire que c’est une réussite. L’auteur est capitaine de police en parallèle de son métier d’écrivain et c’est le gros plus de l’histoire. Tout sonne vrai, on sent le vécu qui se cache derrière chaque page, donnant un côté ultra réaliste à l’intrigue. Ici, oubliez les histoires sans queues ni têtes, les dénouements qui sonnent faux. Dans « Matière noire », vous plongez au cœur du réel, au cœur de cette noirceur humaine, cette face sombre qui ronge certaines personnes et qui prend le dessus. En plus de cela, les personnages sont tous très bien travaillés, avec des passifs intéressants et des personnalités fortes (je ne saurais dire qui j’ai préféré entre Jacques et Karim). Deux personnages qui resteront gravés en moi, chacun à sa manière. J’ai également apprécié le petit passage sur la Suisse qui change un peu du cliché des cartes postales que l’on a l’habitude de lire. Par moment, je trouvais certaines scènes difficiles (bien qu’en dessous de ce que j’ai l’habitude de lire en terme de violence) notamment dû au fait que tout était ultra réaliste. Et c’est bien cela qui est effrayant, de se rendre compte que l’on tient entre les mains un fait divers parmi tant d’autres que nous oublions au fil du temps. Drogue, prostitution, disparitions de femmes, la situation dans certains quartiers difficiles, Ivan Zinberg peint ici une fresque réaliste de notre époque. Et que dire de la plume qui est juste sublime, des phrases incroyables qui apportent par moment une touche de poésie dans cet univers sombre. Une fois plongé dans ce livre, vous n’aurez de répit qu’une fois les dernières pages refermées. Car en effet, malgré un côté très réaliste, l’auteur saura vous surprendre dans le dénouement final. Vous l’aurez compris, c’est pour moi une excellente lecture, un coup de cœur que je vous recommande si vous êtes amateur du genre.

« Pour Jacques, manichéen dans l’âme, il existait définitivement deux mondes. En surface, il y avait celui de l’insouciance, le long fleuve tranquille du bonheur et des habitudes, rythmé par un courant agréable, sans remous, commun à la plupart des gens. En profondeur, on en décelait un second, plus sombre et houleux, où s’enfonçaient ceux dont la vie se fracassait sur un récif indétectable au radar. »

« Il se souvenait d’une étude criminologique publiée l’année précédente outre-Atlantique. Les auteurs concluaient qu’en une journée à déambuler dans le centre d’une grande ville, un piéton lambda croisait, sans le savoir, une centaine de violeurs et une dizaine de meurtriers. Des chiffres américains, certes, mais on saisissait l’idée, universelle : on ne connaissait jamais la nature profonde d’autrui. Le paysage environnant abritait des monstres anonymes. Parfois la bête se terrait au plus près. Les annales judiciaires comptaient nombre d’affaires de pères de familles insérés socialement, insoupçonnables, rattrapés par la justice sous les yeux horrifiés de leurs proches, quinze ou vingt ans après un crime. Souvent, la vérité jaillissait d’une trace ADN. »

Ma note : 10/10

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