Le prieuré de l’oranger, Samantha Shannon

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Résumé :

En Inys, la reine Sabran IX de la maison Berethnet, règne sur un reinaume dont l’équilibre est menacé. Elle doit absolument donner naissance à une fille pour la protection du monde envers le « Sans-nom ». Tant que la descendance est assurée, le monde est protégé de la destruction. Ead Duryan a une mission, veiller à la protection de la reine dans l’ombre, cette dernière étant la cible de nombreuses attaques. À l’est, de l’autre côté de l’Abysse, la jeune Tané est proche d’atteindre son rêve, devenir une dragonnière en rejoignant la garde de la haute mer et protéger la Seiiki. Mais lorsqu’elle fait la découverte d’un jeune homme en provenance de l’ouest sortant de l’eau, son destin menace de s’écrouler. L’est et l’ouest ont en effet depuis de très nombreuses années mis un terme à leurs échanges commerciaux et amicaux. Les habitants de l’ouest sont même rigoureusement interdits dans l’est par peur de la peste draconnique qui dévore l’ouest. Dans un monde divisé, la menace règne plus que jamais et une alliance semble inévitable pour vaincre à nouveau le « Sans-nom ».

Mon avis :

La période particulière que nous traversons m’a au moins motivée à sortir de ma bibliothèque l’un des plus gros livre que je n’avais pas encore lu. Je me l’étais procuré dès sa sortie et comme souvent, j’ai attendu de le voir un peu moins sur les réseaux sociaux. Entre deux thrillers, j’avais envie d’un retour au genre de la fantasy et je n’ai pas fais les choses à moitié. Je ne vous le cache pas, les premières pages ont été laborieuses. Je revenais régulièrement à la carte pour situer les villes, je me concentrais pour suivre au niveau des personnages. Car Samantha Shannon a créé un monde à elle et vous parachute dedans. Alors c’est normal, il vous faudra un petit temps d’adaptation, mais croyez-moi, votre patience sera récompensée.

L’histoire de fond reste classique pour le registre, des royaumes divisés, un mal qui menace de tout détruire. Mais au lieu de s’enfermer dans des clichés et des stéréotypes, l’auteure a su insuffler un vent de nouveauté et de modernité. Le parti pris de faire un livre féministe est ce qui m’a le plus plu. Oubliez les demoiselles en détresse, les princesses qui attendent sagement leur prince charmant. Ici, les femmes sont au cœur de l’histoire et ont des rôles primordiaux : guerrières, sorcières, reines puissantes, ce sont elles qui guident l’intrigue. Samantha Shannon réussit également l’exploit d’aborder des sujets d’actualité comme par exemple les règles ou encore l’homosexualité. Elle réalise cette prouesse sans lourdeur, sans que l’on sente qu’elle voulait à tout prix caser ses convictions dans son livre.

Ensuite, concernant l’intrigue elle-même, je comprends mieux pourquoi « Le prieuré de l’oranger » lui a nécessité trois ans de travail. J’étais totalement plongée dans ce monde incroyable tant les descriptions sont bien réalisées et présentes, notamment au niveau des repas selon les royaumes ou encore des tenues vestimentaires très détaillées. L’est et l’ouest vivent reclus, séparés l’un de l’autre par l’Abysse, une mer noire effrayante. Les deux continents vivent donc chacun de leur côté, avec la peur de ce qu’il se passe de l’autre côté. Dans l’ouest, les dragons, les Wyrms et les Vouivres, descendants du « Sans-nom », terrorisent les habitants, détruisent des villages par le feu. Tout comme la peste draconnique, un mal qui se répand à toute vitesse et qui a déjà contaminé une grande partie du royaume draconnique de l’Yscalin. En revanche, dans l’est, les dragons sont différents (plus proches des dragons des légendes asiatiques), règnent sur l’eau et sont considérés comme des dieux que seuls des guerriers rigoureusement sélectionnés peuvent monter. Sauf que le « Sans-nom », un gigantesque Wyrm rouge est proche du réveil et menace de tout détruire.

Comme vous pouvez vous en douter, nous suivons dans ce livre les aventures de personnages de l’est ainsi que de l’ouest (le sud aura aussi son importance), dans un principe d’écriture que j’affectionne et qui fonctionne, les alternances de personnages. Cela permet d’alléger la lecture et de changer fréquemment de point de vue. C’est également ce qui rend complexe le début de la lecture, on commence à comprendre, situer les personnages et on passe directement à un autre point de vue. Mais une fois les bases posées, les pages se tournent toutes seules car l’on est totalement plongé dans cette lecture addictive. Chaque personnage a su me toucher à sa manière, il serait difficile de choisir mon préféré, il faudrait un mélange de Sabran/Tané/Ead.

Pour terminer, la multitude de personnages secondaires est un vrai plus et ils ne sont pas là par hasard, chacun a une utilité et une finalité. Malgré quelques longueurs et une complexité par moment, je ne peux qu’applaudir Samantha Shannon pour « Le prieuré de l’oranger ». Certains lecteurs trouveront des similitudes avec des légendes, l’auteure ne s’en cache pas et s’est inspiré notamment de « Saint Georges et le Dragon ». Pour moi, une valeur sure de la fantasy. À lire si vous aimez l’univers de « Game of thrones », les dragons, la magie, les histoires de complot et que vous avez envie de vous évader pour un monde fabuleux.

« Ce qu’il y a en dessous doit être en équilibre avec ce qu’il y a au-dessus, en ceci réside la précision de l’univers. Le feu s’élève de la terre, la lumière descend du ciel. Trop de l’un embrase l’autre, en ceci réside l’extinction de l’univers. »

« Au cours des dernières heures, Ead avait découvert que sous ses dehors d’omniscience, la reine d’Inys disposait d’une vision limitée du monde. Prisonnière des murailles de ses palais, sa connaissance des terres au-delà des frontières d’Ynis provenait de globes en bois et de lettres reçues de ses ambassadeurs ou d’autres souverains. Elle parlait couramment l’yscalin et le hrótlin, et ses tuteurs lui avaient enseigné l’histoire du règne de la Vertu, mais elle ne savait à part ça pas grand-chose. Ead sentait qu’elle se retenait de l’interroger sur le sud. »

Musique écoutée pendant ma lecture : Most epic World Of Warcraft music

Ma note : 9.5/10